Fragment autobiographique 6

Au matin, prenant le petit-déjeuner chez cette femme avec qui j’avais couché la veille pour la première fois, je me dis : c’était chouette de baiser mais elle n’a pas quand même inventé la poudre ; je pense qu’on va en rester là.
Trois mois passèrent et je la revis plusieurs fois ; je m’installais chez elle.
Encore six mois passèrent, je la quittai.
Encore trois mois, nous nous remîmes ensemble.
Finalement, nous eûmes un enfant. Je la quittai encore, me remis encore avec elle, la quittai enfin, pour de bon, voici bientôt dix ans.
Dans l’intervalle, et au début de notre dernière tentative de se remettre ensemble, un soir qu’elle rentra en voiture ivre morte, notre bébé à l’arrière, et qu’elle fut sur le point de le laisser tomber d’entre ses bras en voulant le changer, je le lui arrachai pour le remettre hurlant dans son berceau et la saisis à la gorge et la précipitai à terre, après quoi je la frappais de deux violents coups au ventre ; les jours suivants, elle souffrirait d’une sévère contusion au larynx dont elle ignorerait la cause, n’ayant aucun souvenir de la plupart des événements s’étant produit au cours de cette cuite à l’amplitude inhabituelle, même selon ses critères, et moi d’une profonde honte.
Plus tard, j’apprendrais que ce soir-là, avant de rentrer, elle avait baisé, fin bourrée, avec un collègue à elle dans les chiottes du bureau où ils travaillaient : toute l’équipe venait de fêter un départ en retraite, ou une mutation, je ne me souviens plus.

(illustration: Labaye)