Variation sur Théodore Lillo, 1

Variation sur Théodore Lillo 1

Entretien avec Vincent, fondateur de Conspiration (partie 1)

Asaf: Quand as-tu rencontré Théodore Lillo ?

Vincent: En juillet 2013. J’étais en vacances à Sisteron, chez le frère de mon épouse, qui élevait des chiens truffiers. Ma vie patinait un peu. J’avais fondé une compagnie de danse contemporaine au début des années 2000. C’était pas si mal, mais on avait atteint un plafond de verre. Il avait fallu, en 2008, que je trouve un travail. Pas inintéressant, mais ça ne me remplissait pas pleinement. Pendant ces vacances, je songeais à monter une maison d’édition. J’étais grand amateur de littérature et, surtout, j’avais envie de publier des gens de mon entourage. A vrai dire, c’était plus une idée comme ça, je ne connaissais rien à ce métier. Bref, Théodore Lillo était un des amis de mon beau-frère. Il n’avait, à ce moment-là, pas de balafre sur la joue et vendait des livres d’occasion sur les marchés du coin. Un soir, on est sortis dans un bar du coin pour retrouver quelques amis du frère de mon épouse et c’est là que je l’ai rencontré.

A: De quoi avez-vous parlé ?

V: Le personnage m’a interpellé, et, surtout, son regard très particulier, presque dérangeant. Et cette élégance ! Petite veste et petite chemise, il détonaient dans l’endroit. On a commencé à discuter. Nos boulots, et assez vite des bouquins. J’étais impressionné: il avait lu les classiques, mais montrait, en même temps, une connaissance très pointue des auteurs contemporains. ça m’étonnait, un type comme lui, ici. De fil en aiguilles, je lui ai parlé de mon envie de monter une maison d’édition. Il m’a écouté jusqu’au bout avant de me dire, très sceptique: “Il y en a trop. Elles peinent à publier des auteurs obscurs, le marché est déjà saturé… publier encore des livres, pour quoi faire ?” ça m’a un peu refroidi, du coup. Je me suis dit qu’effectivement, il avait peut-être raison. A quoi bon ?

A: Mais le feeling est passé ?

V: On s’est tout de suite bien entendus. On s’est revue deux fois, avec la bande d’amis. Il me racontait un peu sa vie… Un parcours complètement improbable: études de littérature, un peu d’histoire de l’art… Puis, un jour, il plaque tout pour une compagnie de théâtre et il embarque avec eux, direction Marseille, puis Sisteron… Enfin bref, les vacances se sont terminées. On a échangé les numéros de téléphone pour la forme. On savait très bien l’un et l’autre qu’on ne se rappellerait pas.