Fragment autobiographique 7

C’est une nuit un peu difficile. Plus ivre que de coutume, elle s’effondre de la chaise dans la gamelle du chien, foutant de l’eau et de la pâtée partout, tente de frapper le petit animal venant aux nouvelles et se pisse dessus ; plus tard, s’étant relevée, elle m’insulte, enfin j’imagine, en tout cas m’adresse un charabia inintelligible sur un ton agressif, et se saisit d’un couteau dans le but, possiblement, de s’en servir contre moi ; ni le couteau ni elle ne représentent le moindre danger mais je trouve que ça va bien comme ça, ma patience et mes sentiments s’épuisent en même temps : je décide de me tirer, pour de bon – c’est la rupture, et pas la peine de lui expliquer, elle se trouve au-delà de toute communication.

Tandis qu’elle se dirige vers moi au ralenti, je remplis un sac de quelques affaires (un peu récupérées au hasard), ouvre la porte, fous le camp pour de bon. C’est notre deuxième ou troisième séparation. La fois précédente, après que nous nous étions remis ensemble, elle avait brièvement planqué mes papiers d’identité, afin que je ne la quitte pas à nouveau, et m’avait avoué passer certaines nuit un marteau à la main, me regardant dormir et jouant avec l’idée de l’abattre sur ma tête – je la savais capable de ce genre de choses.

J’ai traversé la ville déserte et chaude en pleine nuit et pris une chambre d’hôtel pas chère.

Allongé dans mon lit, incapable de dormir, j’ai cherché dans mon sac de quoi lire. Le seul bouquin que j’avais pensé à emporter, c’était un exemplaire de J’ai peur, mon premier roman, sorti un ou deux ans plus tôt. Alors j’en ai lu quelques pages. Contre toute attente, les scènes de cul m’ont excité. C’est comme ça que je me suis branlé sur mon propre bouquin.

(illustration: Labaye)