Portes#25

EDDIE « CLEANHEAD » VINSON | Back Door Blue


On avait rarement entendu un tel décrochement de voix (BM)

Eddie Cleanhead Vinson, vocals
Nat Adderley, cornet
Julian Cannonball Adderley, alto sax
Joe Zawinul, piano
Sam Jones, bass
Louis Hayes, drums

Recorded at Ter-Mar Studios, Chicago, September 19, 1961

Portes#24

RODIN | L’homme et sa pensée

Réalité de la pensée masculine et mirage de la pensée humaine (FG)

Fragment autobiographique 12

Nous étions au milieu des vignes, dans une cabane à outils abandonnée et convertie en habitation de fortune par le type qui nous y accueillait pour passer la soirée, et que je rencontrais pour la première fois. J’accompagnais un copain plus jeune que moi de quelques années, alcoolique et gros fumeur de joints ; plus tard il irait en prison pour avoir fait le guet tandis qu’un camarade à lui braquait un bureau de tabac.

Il y avait deux autres personnes : un semi-débile qui ne parlait pas et un adolescent fan de black metal qui avait entièrement recouvert les murs de sa chambre de posters pornographiques et de crucifix cloué à l’envers.

Moi, et pour encore quelques semaines, je vivais à nouveau chez mes parents après avoir été clochard à Toulouse pendant un an.

Dans la cabane, constituée d’une seule pièce de quelques mètres carrés, sans fenêtre, il n’y avait pas d’électricité ni de quoi s’asseoir. Nous nous éclairions à la bougie. J’avais apporté une cassette de l’album le plus sinistre de Current 93, Dogs blood rising. Nous l’écoutions avec un son de plus en plus flageolant tandis que les piles du poste abandonnaient progressivement la partie. Des bouteilles de bière et des joints tournaient. Nous buvions à la régalade. Je ne fumais pas.

Notre hôte avait absorbé trop d’acides au cours des derniers jours et nous expliquait son envie de prendre sa hache et d’aller découper quelqu’un avec, ou de sectionner ses propres jambes. L’idée de séparer un corps de ses membres semblait le captiver.

Au bout d’un moment il a effectivement saisi sa hache, que nous n’avions pas remarquée jusqu’à présent, et a quitté son abri. Nous l’avons observé traverser les vignes, éclairé par la lune, puis il a disparu de notre vue.

Peu après, les bougies et les piles ont rendu l’âme pour de bon. J’ai récupéré ma cassette, puis traversé à mon tour la vigne sous la lune, jusqu’à la départementale, que j’ai longée pendant quelques centaines de mètres. Je suis arrivé au village, puis à la maison de mes parents. Tout était silencieux et désert.

 

 

(illustration: Labaye)