Variation sur Théodore Lillo, 7

2017-06-19 16.01.29

Il y a quelques semaines, Vincent voulait que je parle de moi, davantage, il disait que c’était urgent, qu’il fallait le faire A.S.A.F — et il riait de son bon mot. Moi je ne voulais pas le faire « As Soon As Possible » mais comme Asaf, la nana qu’il avait chargée de ces variations, avait d’autres priorités, il me refilait le bébé, so to speak.

On s’est engueulé. Fort.

Il a claqué la porte de l’appart de la fille avec qui j’étais (mais qui n’était pas là).  Moi j’ai descendu les réserves d’alcool que Vanessa planquait (mal) derrière sa machine à laver — un jour elle avait laissé tourner une lessive et je me demandais ce qui faisait ce bruit de verre bizarre alors que le tambour s’excitait… Et bingo ! (J’ai étendu le linge propre tellement j’étais heureux de ma découverte, et on a baisé comme des fous quand elle est revenue du boulot, tellement elle ne s’attendait pas à ce que je m’occupe de ses petites culottes.)

On s’est revu le lendemain avec V : je lui ai dit une fois encore que je n’aimais PAS parler de moi, que je n’aimais PAS que l’on me voie, que je n’aimais PAS être identifié, suivi, tracé, que j’étais parano, ok, ça m’allait, qu’il m’appelle Théo-le-Parano s’il voulait, mais qu’il arrête de m’emmerder avec ces Variations sur le même t’aime (pour Gainsbarre et sa Vanessa à lui).

Vincent s’était calmé lui aussi mais il n’en démordait pas : puisqu’on s’était associé, puisqu’on faisait Conspiration ensemble, il voulait bien que je lui fasse un tout petit peu confiance. J’ai répondu que la confiance c’était pas mon truc, en montrant ma joue — une cicatrice, c’est comme quand on te coupe un membre, ça laisse une douleur fantôme.

On est tombé d’accord que ça n’allait pas me défriser de faire un chouïa d’effort – on est d’accord sur PLEIN de trucs, avec Vincent, et c’est bien pour ça que Conspiration avance, qu’on est EN MARCHE nous aussi, ha ha ! bref…). C’est pour ça que je parle de Vanessa. Et de « la crise » avec V, comme il l’appelle.

Mais c’était pas une crise.
C’est pas ça une crise.
Believe me !

 

Portes#21

Sacré texte, sacrée interprétation (TL)

C/quatre (Silentium)

L’oeuvre alternative du roman de Fabrice Millon est désormais visible dans son intégralité.
Avec Matthias Herrmann
Mise en scène: Alice Gervais-Ragu
Filmeurs: Marine Héligon, Pierre-Julien Marest, Anatoli Vlassov, Nicolas Marot
Durée: 62 minutes

Variation sur Théodore Lillo, 6 bis

Variation sur Théodore Lillo 6bis

Suite de l’entretien avec Dom

Le plus dur sans internet, mobile, etc ?

L’administratif. Pôle Emploi pour l’intermittence, sans internet c’est compliqué. La dernière fois, il y a fallu que je fasse une rectification. J’ai téléphoné mais je ne pouvais pas la faire par téléphone.
Quand les gens n’ont pas de sonnettes, c’est aussi un problème. Parfois, je reviens chez moi pour vérifier que les gens n’ont pas laissé de message.
Le covoiturage ça c’est impossible. C’est vrai que, parfois, tu t’empêches de faire des trucs.
Mais bon, je n’ai pas de carte bleue non plus et ça c’est beaucoup plus compliqué.

Des anecdotes ?

Difficile, je suis plongé dedans, c’est mon quotidien, j’sais pas comment les autres font. Mais la tranquillité que je gagne à être en dehors de tout ça : je suis pas pressé. Prendre son temps, la possibilité de perdre son temps, parce que j’ai pas ces trucs-là, ça ne m’a jamais fait peur. J’ai un rapport précieux au temps.
On peut fonctionner comme ça en tout cas, j’en suis la preuve.

Tu connais d’autres gens que toi ?

Pas beaucoup. Même les amis qui n’avaient pas de portable ont fini par en avoir un. Même ma mère a commencé à prendre des cours d’informatique. J’ai appris que j’étais devenu un sujet de conversation.
En fait, c’est la notion de choix que je défends dans la vie : comment les gens n’ont même pas idée qu’on puisse faire le choix de ne pas avoir envie, je trouve ça fascinant.

Variation sur Théodore Lillo, 6

Variation sur Théodore Lillo 6

« Pourquoi aucune trace de toi sur Internet avant Conspiration ? » m’a demandé Asaf. Avant ma rencontre avec Vincent, j’avais exactement la même philosophie que mon vieux pote Dominique Bonafini. Du coup, je l’ai interviewé, c’était la meilleure réponse que je puisse lui faire.

Pourquoi n’as-tu jamais voulu ni de téléphone portable, ni d’ordinateur ni même d’adresse mail ?

Je n’ai jamais été téléphone tout court. J’ai horreur de l’idée d’être joignable à tout instant. Et puis ça pose des problèmes dans les rapports entre les gens. J’aime être au présent avec quelqu’un, pas dans ma bulle. Bon, j’ai fait des concessions au progrès : j’ai un téléphone fixe et un répondeur. Mais sur le répondeur, si on ne pose pas de questions, je ne rappelle pas.

L’ordinateur, ça me semble factice. Et puis je ne sais pas taper sur un clavier!

Avec les mails et les réseaux sociaux, je trouve qu’on devient juste des émetteurs. Montrer qu’on existe, ça devient le plus important, on se fout que la personne ait reçu le truc, on cesse d’être des récepteurs. Et moi, j’aime recevoir.

Comment tu t’organises concrètement ?

Les gens savent que je suis une anomalie, ils font en fonction. Ou pas. Je suis pas susceptible: si l’invitation est par mail et qu’on n’a pensé à me téléphoner, ben c’est que je ne suis pas indispensable.

Et puis, je crois à la mutualisation. Donc quand j’ai besoin, j’utilise l’ordinateur d’un pote, il y a toujours quelqu’un qui peut m’aider. Bon, faut pas toujours solliciter les mêmes mais c’est l’occasion de boire un verre, de passer un bon moment.

 

C/deux (Grands Ensembles)

flyer la colonie

Conspiration à la Colonie le 9 mai à 20h30 : venez assister à un extrait de C/deux (Grands ensembles), la série audio-littéraire tirée du roman de Vincent Labaye, lue par Fabrice Millon et performée par Alice Gervais-Ragu et Hugues Baudoin

Au matin d’un week-end comme les autres, le voisin de Franck Daicemert se lance dans d’assourdissants travaux… Le bruit se fait rapidement insupportable, puis l’affaire se généralise et tout devient souffrance, du vacarme sourd du ventilateur de son ordinateur au flot ininterrompu des nouvelles… Désespéré, Franck va opter pour une solution radicale, qui sera tour à tour perçue comme un acte effectué sous l’emprise de la folie, ou comme une tentative contre-nature de gagner en liberté.

Vaste épopée contemporaine et intimiste, traversée par les signes d’une époque en pleine mutation, livrée sous la forme d’une partition sonore traversée par le vivant et dont l’extrait portera la marque du résultat de l’élection présidentielle intervenue deux jours auparavant.

Venez faire masse

Entrée libre

C/deux (Grands ensembles) : série audio-littéraire de 224 épisodes de 5 minutes

Disponible sur https://labaye.bandcamp.com/

Le livre à l’origine de la série disponible sur http://artisconspiration.com/c_un/

(Note is) Conspiration

CORPS-MORT | Ode à mes prisons

Ode à mes prisons de Corps-Mort vu par Carl Theodor Dreyer
Album désormais disponible en édition limitée :
Coffret en bois numéroté, conçu et sérigraphié à la main.
Format 20 x 20 cm / CD noir + livret.
Inclus un titre inédit, piste musicale exclusive de 20 minutes
Tous les détails sur www.corps-mort.com